L'Esprit Saint 
Elisabeth Vreede
Rudolf Steiner lui confia la direction de la « Section mathématique et astronomique » du Goetheanum lors du Congrès de Noël 1923
Le Bien, l’Esprit – que nous appelons le Saint Esprit – ne vit pas dans l’espace, ni même dans le temps. Lorsque le Saint Esprit descendit sur les disciples du Christ, ceux-ci furent soulevés, pour un moment, hors de l’espace et du temps. C'est cette expérience que nous commémorons lors de la Pentecôte.
Il existe trois fêtes que le christianisme primitif a instituées pour la première moitié de l’année, en commençant au solstice d'hiver. Là, quand le soleil est au plus bas de sa course, au plus profond de l’hiver, l’Enfant-Jésus naît dans l’espace terrestre. La terre est alors dans le Cosmos comme une étoile sur laquelle tout l’univers dirige en quelque sorte son regard. La fête de Noël nous révèle un espace tout pénétré par les forces cosmiques du Père et qui n’est éclairé que par le « soleil de minuit ».

Lors de l’événement pascal, l’espace est déjà vaincu. Le Christ est ressuscité. Il a triomphé de la mort, de la terre, de l’espace. Même son vestige spatial, son saint cadavre, a disparu du tombeau. Mais le Ressuscité apparaît aux disciples, ici et là, dans un corps qui rappelle le corps physique mais n’en est cependant pas un. C'est alors qu’il commence à agir dans le temps. Ce qui importe pour la suite du développement du christianisme, ce n’est pas l'espace, ce n'est même pas l'espace géographique dans lequel le Christ a vécu. Le Christ est mort pour les hommes de tous les peuples et c’est seulement dans le temps qu’on peut suivre l’extension progressive de son impulsion sur le globe terrestre. C’est pourquoi la fixation de la date mobile de Pâques se calcule en termes de temps[1].
Mais la fête de la Pentecôte est le souvenir et le renouvellement annuel, permanent, d'un événement qui, au fond, ne fut ni spatial, ni temporel. Là, l’homme se trouve effectivement au-delà de l'espace ; et c’est d’au-delà de l'espace et du temps que le Saint Esprit vient briller dans l’esprit de l'homme.
Ce que le saint Esprit déverse sur les apôtres se concrétise, hors de leurs âmes, en langues de feu qui sont comme des éclairs : or l'éclair n’a pas de durée et il déchire l’espace. Le Saint Esprit ne vit pas dans la matière et c’est pourquoi il est « saint », c’est-à-dire qu’il guérit et purifie. C’est l'esprit dont le Christ a dit qu'il ne pourrait venir que lorsque Lui, le Christ, aurait passé par le Mystère du Golgotha, lorsque, grâce à la mort, il aurait triomphé de l’espace et se serait réuni au Père.
Et les êtres humains qui étaient présents lorsque le Saint Esprit put se manifester aux hommes pour la première fois, entendirent que les apôtres parlaient « le langage de chacun ». L’espace était vaincu, car désormais chacun des apôtres était pour ainsi dire chez lui en tout lieu. Le temps était vaincu aussi, car le Mystère du Golgotha devenait pour les apôtres un événement toujours présent, absolument intemporel. Ce que le Saint Esprit avait à dire aux hommes descendit alors d’au-delà de l'espace et du temps, à ce moment-là et pour toutes les époques.
[1] « C’est une profonde sagesse qui amena le Concile de Nicée en 325 à fixer la fête de Pâques au dimanche suivant la première pleine lune après le début du printemps (équinoxe de printemps) » (p.88)
« Cette fixation tente de relier au cosmos la commémoration d’un événement historique – le plus grand de toute l’Histoire terrestre » (p. 87).
Extrait de Le ciel des dieux - Anthroposophie et Astronomie (version 1973)
© Extrait publié avec l’aimable autorisation des éditions Triades - www.editions-triades.com
Nouvelle traduction : Le ciel des dieux – Lettres sur l’astronomie 


