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Ce qui nous lie au Christ                            

Philippe Aubertin 
Prêtre de la Communauté des chrétiens en France 

 

Dans la cour du grand prêtre, la nuit est froide. Des serviteurs se réchauffent autour d’un brasero. Pierre s’est approché d’eux et se tient là, parmi les ombres, cherchant lui aussi la chaleur du feu. Peu à peu les regards se tournent vers lui. On croit reconnaître son visage. « Toi aussi, tu étais avec le Nazaréen ! » Trois fois on l’interroge. Trois fois il le nie : « Je ne connais pas cet homme ! ».

Alors, le coq chante.

Au même moment, Jésus, enchaîné, sort de la maison du grand prêtre pour être conduit dans les geôles du Sanhédrin ; se retournant, il regarde Pierre. Celui-ci prend alors conscience de ce qu’il vient de faire. Quelques heures plus tôt, il s’était écrié : « Même si tous t’abandonnent, moi jamais ! » Dans les yeux du Christ enchaîné, Pierre lit à la fois l’horreur de son reniement et tout l’amour dont il est aimé malgré tout. Réprimant un sanglot, il quitte la cour et pleure amèrement.

La faiblesse de Pierre ne nous est pas étrangère. Il nous arrive parfois quelque chose de semblable. Car il n’est pas toujours facile d’assumer ce qui nous lie au Christ. Dans certains milieux, il est plus simple de se taire ou de détourner la conversation. Ce n’est pas un reniement explicite. On ne dit pas : « je ne le connais pas », mais on laisse passer telle ou telle pique contre le Christ ou contre la foi.

Que craignons-nous vraiment à cet instant ? Très peu de chose en réalité : un sourire ironique, une plaisanterie un peu méprisante, le sentiment d’être mis à l’écart… Mais c’est assez pour ne pas répliquer.

Le moment passé, nous oublions. Mais au fond de nous-mêmes demeure l’impression d’avoir été un peu lâche, d’avoir désavoué, par notre silence, ce que nous avons de plus précieux.

Ne nous en affligeons pas.

Car ce malaise est le signe que le Christ nous regarde pour nous éveiller à sa présence, tout comme il regarda Pierre pour l’éveiller à la réalité de son triple reniement. Il nous fait grâce de sa lumière, afin que nous apprenions à porter nos faiblesses comme lui-même a porté nos péchés et surmonté la mort. Et dans son regard, nous pouvons lire aussi tout l’amour qu’il nous porte — un amour qui ne se laisse pas vaincre par nos défaillances. Le Christ ne cherche pas des disciples irréprochables, mais ceux qui ont assez de courage et d’amour pour croiser son regard.

 

 

 

 

 

 

 

 

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