Être – Créer – Illuminer 
Cynthia Hindes
Prêtre de la Communauté des chrétiens à Los Angeles
L’idée sous-jacente à l’évolution est celle du changement. L’évolution implique une métamorphose, c’est-à-dire un changement de forme au fil du temps, que ce soit au niveau des formes physiques, sociales ou religieuses. La plupart d’entre nous s’accorderaient probablement à dire que d’une manière générale, le changement qu’impliquent la métamorphose et l’évolution, bien que parfois inconfortable, n’en reste pas moins souhaitable. En effet, si tout restait immuable, cela conduirait inévitablement à un état de mort et de décomposition. Ce qui n’est plus vivant se désagrège. Ce sont la vie et les êtres vivants qui se métamorphosent et prennent différentes formes.
Les plantes en sont l’exemple par excellence : elles passent de la forme de graine à celle de racines et de pousses, puis se couvrent de feuilles, fleurissent et produisent des graines pour la génération suivante. Au fil du temps ou selon les lieux, les générations de plantes évoluent également, s’adaptant aux différences de conditions.
Les choses inanimées ne peuvent que se désintégrer, perdre leur forme. Mais ce n’est pas la fin de leur histoire. À l’instar des feuilles mortes de l’automne, elles enrichissent le sol, qui constitue littéralement le terreau de la prochaine phase de vie de la plante. Le monde végétal, qui évolue de manière cyclique, illustre ce qui est essentiellement un cycle triple : vie-mort-vie.
En contemplant ce cycle tripartite de la vie chez les plantes, nous pouvons remarquer certains éléments fondamentaux. Le premier est « l’impulsion » inhérente à la plante à changer de forme. Elle continue de croître et de modifier sa forme jusqu’à sa mort. Donnée par Dieu, cette impulsion est innée. Un autre élément clé est la réponse de la plante à son environnement, ou son adaptation à son milieu. Cela peut même induire des changements à long terme de sa forme fondamentale, tels que des modifications de l’aspect des feuilles ou de la couleur des fleurs. Une troisième possibilité est que les êtres humains induisent intentionnellement un changement de forme (par hybridation) afin de favoriser délibérément certains traits particuliers. Cet élément d’intention ajoute une dimension supplémentaire aux modifications induites par la nature.
En tant qu’individus, les êtres humains eux-mêmes évoluent et changent de forme – passant du stade de nourrisson à celui d’enfant, puis d’adulte, jusqu’à la vieillesse. Et ces changements physiques déterminent également en partie notre façon de penser, d’agir et ce que nous sommes en mesure de faire. Généralement, notre évolution au fil du temps s’accompagne aussi d’une métamorphose émotionnelle, voire spirituelle. Nous sommes bien sûr aussi soumis aux forces naturelles de notre milieu.
Parallèlement, les hommes se créent collectivement des environnements – sociaux, juridiques, politiques ou religieux – dans lesquels ils se développent. Ces environnements créés par l’homme nous poussent également à nous adapter. Pour autant, chacun demeure libre, dans une certaine mesure, de décider jusqu'à quel point il se laissera affecter et transformer par les environnements issus de l'activité humaine.
Les profondes mutations sociologiques de notre époque soumettent les hommes à une forte pression, puisque la multiplicité et la rapidité des changements nous obligent à nous adapter rapidement. S’adapter signifie que nous devons changer notre façon de penser et d’agir, tout en gérant simultanément des sentiments de malaise, de colère, voire de désespoir.
Lorsque notre capacité à fonctionner efficacement dans un environnement physique et émotionnel saturé repose en grande partie sur des habitudes stables ancrées dans la constance, surgit la tentation de résister à tout changement, de nous figer dans ce que nous sommes déjà, dans notre façon de penser et d’agir. Mais adopter une position aussi extrême nous mènerait en fin de compte à un état de mort spirituelle. Nous pouvons aspirer à l’immuabilité. Cependant, nous devons prendre conscience qu’elle est synonyme d’absence de vie, et que les choses inanimées se décomposent, régressent, plutôt que d’évoluer.
La théologie traditionnelle proclamait que Dieu le Père est immuable. Mais considérer l’être divin suprême comme éternellement immuable revient à le condamner à la mort ! La célèbre citation de Nietzsche, « Dieu est mort », n’est que le résultat final d’une pensée mécanique humaine appliquée à tort à des êtres vivants et invisibles. La pensée mécanique ne s’applique qu’aux choses inanimées.
Dieu le Père est cet aspect de la divinité vivante qui perdure. Il est le fondement de tout être, la substance vivante et sous-jacente de l’univers. Mais c’est une pensée morte que de déclarer que la nature éternelle de Dieu est immuable. Éternel signifie au-delà du temps et de l’espace, et non immobile et immuable. À l’instar de la plante, l’aspect « Dieu le Père » de la Trinité est le sol vivant, la substance dans laquelle l’univers grandit et évolue. Et tout comme le sol est progressivement amendé et renouvelé par les plantes qu’il nourrit, de même Dieu est transformé par ce qui se passe dans sa création. L’épître de l’Avent* évoque le mystère du « devenir de l'homme, en qui le devenir de Dieu est celé ».
Le deuxième aspect de la Trinité, Dieu le Fils, est l’expression particulière de la métamorphose de tout ce qui vit, dans ses formes divines et naturelles. Le Christ, le Logos (le Verbe), la parole vivante de l’être du Père, a créé l’univers. Par le Christ, Verbe du Père, l’univers est créé, soutenu, vivifié et conduit dans son évolution – éternellement.
De plus, le Christ, Verbe créateur, a donné aux êtres humains la capacité de s’exprimer et de créer, dans la mesure où nous nous alignons sur son courant créateur – « Il crée par nous en toute activité créatrice de l’âme » (Épitre de la Trinité*). Nos créations peuvent contribuer à l’évolution du monde. Les êtres humains sont potentiellement le point de croissance de l’univers – une grande responsabilité.
En plus de nous donner la parole et la créativité, le Christ a encore renforcé les capacités créatrices et métamorphiques de l’humanité en s’incarnant en tant qu’être humain en Jésus. Le Verbe éternel créateur « extérieur » a déposé au sein du devenir de l'humanité terrestre un germe de lui-même, afin que chaque individu puisse potentiellement avoir la vie « éternelle » ; en d’autres termes, que sa réalité âme-esprit puisse revêtir une forme lui permettant de vivre au-delà de la mort du corps. Grâce à Lui et aux forces de résurrection qu’Il met à notre disposition, nous pouvons participer avec une pleine intensité au cycle vie-mort-vie.
Cela exige toutefois que nous choisissions d’évoluer, car l’évolution, la métamorphose et le changement humains ne peuvent se produire que par le choix. La Trinité divine ne reste pas immuable et n’est pas « toute-puissante » au sens d’un magicien omnipotent qui agiterait sa baguette pour que tout s’arrange au mieux pour nous. Dieu a sacrifié une partie de son pouvoir pour donner aux hommes la capacité de choisir. Les objectifs que le Divin s’est fixés pour l’évolution humaine et terrestre impliquent de placer l’évolution entre les mains des humains. Soit nous évoluons, nous et la Terre avec nous, soit nous n’évoluons pas – un risque énorme pour le Divin ! Nous avons la capacité de détruire la création, ne serait-ce que par notre inaction.
Tel qu’il est, le monde est tombé malade, à l’origine par choix humain. La maladie peut être chronique ou aiguë. Lorsqu’une plante, un animal ou un être humain souffre d’une maladie chronique ou présente une force vitale affaiblie, nous pouvons recourir à des méthodes rythmiques pour soutenir son processus de guérison inné, telles qu’une alimentation, de l’exercice physique et un sommeil qui s’inscrivent dans un rythme régulier. Dans le cas de maladies plus aiguës, il y a souvent une période de crise. Nous pouvons alors recourir à des médicaments en complément du repos et des soins.
La société est tombée malade. Nous semblons passer quotidiennement d’une crise à l’autre. Nous sommes en guerre les uns contre les autres, sur les plans social, politique et international. En tant que société, nous n’avons pas appliqué aux maux chroniques les méthodes rythmiques organiques d’un changement progressif et sain, alors que nous aurions pu le faire ; nous sommes donc aujourd’hui confrontés à de multiples situations aiguës.
De plus, dans la sphère religieuse en général, une pensée malsaine a « tué » Dieu et, avec Lui, le sens de la place de l’être humain dans un ordre des choses plus vaste qui nous soutient, nous nourrit et nous guérit. Notre vie mentale est malade car elle ne prend pas en considération la plénitude de la réalité, visible et invisible.
Et c’est là que l’activité humaine devient absolument nécessaire : en vertu de notre humanité fondamentale, nous devons saisir activement l’Esprit. Nous devons prendre le contrôle de notre pensée et l’utiliser pour distinguer les pensées saines de celles qui ne le sont pas, celles qui génèrent lumière et chaleur du cœur de celles qui sont froides et sombres. Nous devons apprendre à cultiver des concepts sains et créatifs.
L’humanité, à commencer par chaque individu, a besoin de pensées qui tiennent compte des réalités spirituelles, et pas seulement des réalités matérielles – des pensées saines qui renforcent notre capacité à aimer toute la création et tous ceux qui la composent, sans distinction de race, de couleur ou de croyance. Aimer, c’est aider. L’amour lui-même est une force de guérison.
Je dirais que le manque de conscience de la réalité spirituelle de la réincarnation a directement conduit aux maux que sont les guerres sociales et physiques et nous a permis de piller la Terre. La réincarnation est l’équivalent humain de la réapparition annuelle des plantes. Nous nous réincarnons afin d’évoluer, car les attributs physiques que sont le genre, le lieu et le temps limitent nos capacités et nos expériences. Lorsque nous prenons conscience que nous reviendrons sur Terre sous une autre personnalité, nous aspirons à traiter la Terre et ses créatures vivantes avec plus de soin et de respect. Nous accordons alors une grande valeur à ceux que nous rencontrons, sachant que nous sommes probablement liés depuis longtemps et que nous le resterons sans doute dans une autre vie. Même un égoïsme éclairé nous aiderait à prendre davantage soin d’autrui, sachant que nous récolterons ce que nous semons !!
Sur un autre plan encore, la perte de la foi en un monde divin et de la conscience de son existence a contribué à intensifier notre maladie sociale. Autrefois, les pratiques religieuses quotidiennes, hebdomadaires et saisonnières, associées à l’éducation religieuse, constituaient une méthode rythmée permettant de préserver la santé de l’âme. Pour beaucoup, cette pratique s’est de plus en plus perdue. De plus, nombreux sont ceux qui adhèrent à l’idée qu’une vie humaine est un événement unique qui se termine dans le néant, ce qui instille dans l’âme un vide froid et sombre ne pouvant que conduire à des actes égoïstes ou autodestructeurs. D’un autre côté, croire de manière erronée et révoltée en un Dieu qui serait un magicien refusant d’intervenir pour empêcher le mal ici-bas revient à nier le libre arbitre humain et la responsabilité de l’humanité dans notre situation actuelle.
Le troisième aspect de la Trinité est l’Esprit-Saint. Il est l’amour et la sollicitude que le Père et le Fils ont insufflés dans leur dessein pour les vastes interactions et le devenir du monde créé et de l’humanité. L’Esprit-Saint exprime l’amour, la vie et la lumière qui sous-tendent la création et agissent au sein des êtres humains. L’Esprit-Saint a ancré la lumière de la conscience en l’être humain. Il est l’être vivant qui peut agir en nous, reconnaissant les ténèbres et générant la lumière dans la pensée vivante, la lumière de l’espérance. Dans notre Épitre durant le temps trinitaire*, l’Esprit-Saint est appelé le Dieu qui guérit. Il est cette capacité en nous qui nous aide à reconnaître les maux du monde et ce que nous pouvons faire pour y remédier, avec l’aide de la permanence du Père et de la créativité du Fils.
Ensemble, les trois aspects de la Trinité s’interpénètrent pour former l’unique Dieu suprême, qui existe à la fois au-dessus du monde et en son sein. La Divinité trinitaire imprègne à la fois le monde et les êtres humains. Le divin se révèle partout dans sa création ordonnée, et en nous, développant de nouveaux mondes à partir du feu créateur de l’amour. Notre tâche consiste à choisir de participer au plan divin pour notre évolution. Nous pouvons coopérer avec l'impulsion évolutive de l’humanité vers son accomplissement en hybridant, pour ainsi dire, nos propres âmes. Par la pratique active d’une pensée pure et saine, de l’amour du cœur et des actions vouées à la création de Dieu et à l’épanouissement de tous nos frères humains, nous devenons des réceptacles et des co-créateurs pour l’accomplissement du dessein de Dieu.
Dans notre sacrement de la Communion*, nous trouvons à la fois un soutien pour la santé de notre âme et un remède aux maux de l’âme et du monde. Une participation régulière à la célébration devient un renforcement de nos forces vitales et de l’élan évolutif du divin en nous. Nous progressons à travers les quatre étapes de l’Acte de consécration de l’homme* dans un processus de donner et de recevoir, d’offrir et d’être comblé. Nous recevons les paroles du divin dans l’Évangile et les idées sur le sens du monde dans le Credo. Elles nous inspirent à nous consacrer, avec les facultés de pensée, d'amour et d'action propres à notre âme, au divin. Et dans la communion, nous recevons ce que nous avons offert, transformé en aide et en remède de guérison.
L’amour de l’Esprit guérisseur n’est pas un sentiment, mais une aide. Il nous accompagne en orientant l’atmosphère de notre vie intérieure et en purifiant notre pensée, afin que nous nous préparions à recevoir le sacrement, l’essence du Christ vivant. Au début de l’Offrande, nous nous adressons au Père, Fondement de l’Univers, comme à l’être qui n’est pas seulement le fondement du monde, mais qui en impulse également la transformation. Nous sommes encouragés à unir nos sentiments au Christ, dont tout l’être demeure dans l’amour de la Trinité, renforçant ainsi notre propre capacité d’aimer et d’aider, afin de contrer les forces égoïstes et mortifères à l’œuvre dans les âmes aujourd’hui. Nous demandons que les pensées éclairantes et secourables de l’Esprit guérisseur, exprimées dans les paroles de la célébration, imprègnent notre pensée de manière vivante.
Par la Communion, nous recevons en nous le corps, la forme du Ressuscité et son sang pur et vivifiant, jusque dans notre propre corps, pour contrer les forces de la mort. Avec le Christ, nous édifions un corps vivant invisible dans lequel nous demeurerons après la mort. La liturgie de la Communion met en relation de manière répétée et souligne de façon rythmée que le Christ (le médecin divin) reçoit et porte la puissance qui vient du Père pour ordonner le monde et le restaurer dans son intégrité (le guérir) par l’Esprit. Nous nous sentons différents après la célébration, car nous nous sommes ouverts et consacrés à la puissance de transformation et de métamorphose de la Trinité, qui renforce en nous le cycle vie-mort-vie. Notre vie devient la vie créatrice de la Trinité, contribuant à guérir les maux du monde.
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* Dans l’Acte de consécration de l’homme de la Communauté des chrétiens
Traduction : Philia Thalgott
Titre original : Be – Create – Enlighten
Article paru dans “Perspectives” (December 2025 – February 2026)
Revue de la Communauté des chrétiens publiée au Royaume-Uni
https://www.thechristiancommunity.co.uk


