Créer le devenir 
Tom Ravetz
Prêtre à Forest Row (Angleterre) - Recteur pour le Royaume-Uni et l’Irlande
Responsable éditorial de Perspectives
La création n'est pas achevée. Chaque temps de l’Avent nous rappelle que le monde attend encore d'être renouvelé. De l'obscurité naît une nouvelle lumière, non pas pour remplacer ce qui a été, mais pour s'y ajouter. L'histoire de la création se poursuit partout où un cœur humain devient réceptif, partout où l'imagination et l'amour s'unissent pour donner forme à ce qui aspire à exister.
Nous considérons souvent la créativité comme l'apanage des personnes douées artistiquement, mais c'est le langage commun de tous ceux qui vivent consciemment. Chaque nouvelle connexion que nous établissons lorsque nous pensons, chaque geste d'amitié, qui comble peut-être un fossé, contribuent au renouveau du monde.
L'incarnation nous enseigne que le divin entre dans la matérialité, prend une forme terrestre. Tout comme la parole divine s'est autrefois faite chair, elle doit maintenant se faire action, pensée, relation.
La parole divine, « Que cela soit... », résonne encore à travers le cosmos, attendant notre réponse. Créer, c'est répondre : prêter notre voix, notre talent, notre courage à la musique du devenir. Dans les petits gestes de notre quotidien, le monde écoute cet écho.
À l'Épiphanie, l'œuvre de création conçue pendant l'Avent voit le jour. Ce qui s'est formé dans le silence émerge dans toute sa splendeur. Les mages, qui pratiquaient l'art de discerner les réalités spirituelles, reconnaissent l'enfant divin, non pas par une injonction ou par une croyance, mais par le regard, par une attention sacrée portée à ce qui rayonne.
Ce même regard est le commencement de toute véritable créativité : la reconnaissance attentive de ce qui veut devenir. À une époque où tant de choses semblent épuisées ou fabriquées artificiellement, l'appel à la création est plus nécessaire que jamais. C'est peut-être la chose la plus radicale que nous puissions faire : non pas nous évader dans un monde illusoire mais nous engager dans ce qui est réellement vivant et aspire à se manifester. Prendre soin de ce qui est vivant, donner forme à ce qui est bon : c’est ainsi que la nouvelle création trouve l'espace où s’enraciner.
Traduit de l’anglais par Philia Thalgott
Editorial de « Perspectives (December 2025-February 2026) »
http://perspectives-magazine.co.uk/


